Schibboleth

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         Morceaux de textes choisis       

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Travail

….Symbolisme du Passage

    au Grade de Compagnon

Thème

    Schibboleth

Auteur …. Un Compagnon, Resp. Loge Robert Ambelain n° 14 à l'Orient de  Paris

A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers,

Le mot de passe est un code confidentiel qui a vocation à autoriser le passage et à constituer un droit d’accès individuel donc personnel. De nos jours, il est impossible de quantifier les mots de passe, tant ils sont innombrables dans tous les actes de la vie quotidienne, à des fins d’identification et de certification, de sécurité et de protection.  Dans l’espace public, le mot de passe permet de contrôler tout droit d’entrée qui, s’il est correct, a valeur d’admission ou d’autorisation à engager toute démarche. L’expression ‘‘mot de passe’’ a pris une forme universelle, alors que paradoxalement il ne s’agit pas d’un mot, mais d’une combinaison de lettres, de chiffres, de symboles, afin de rendre impossible sinon périlleuse toute tentative de fraude par des intrus.

S’agissant des vocables employés en certains lieux et situations, et plus précisément en Franc-Maçonnerie, il est établi que les Mots sont totalement figés et non individuels. Variant toutefois d’un Grade à un autre, ils ont une valeur rituelle. Les Mots de chaque Grade, d’origine ancestrale et biblique, font office de Mot de passe, et ils peuvent précéder ou suivre toute forme de marque de reconnaissance, notamment en cas de tuilage des visiteurs préalablement à leur entrée dans le Temple. 

A ce titre, en de nombreux Rites, les mots peuvent accompagner les Signes et Attouchements. Les Mots appliqués aux Rituels des Grades de saint Jean sont de deux sortes, les Mots de passe et les Mots sacrés, chacun constituant une ‘‘clé’’ d’accès. Les usages maçonniques font appel à d’autres mots, tels que le ‘‘mot de semestre’’, ‘‘mot de Guet’’ à valeur de durée annuelle et donc sujets à renouvellement, ‘‘Mot d’Ordre’’ employés par une Formation maçonnique, mais ceux-ci sortent de notre sujet. Par ailleurs, nous précisons que les Mots employés en Franc-Maçonnerie sont, eux aussi, en quantité impressionnante, pour constituer un véritable dictionnaire qui fait l’objet d’une énumération alphabétique en huit pages figurant dans l’ouvrage ‘‘La Symbolique maçonnique’’ de Jules Boucher.

Au même titre que les Signes et Attouchements ont pour objet d’être un moyen de reconnaissance, les Mots recouvrent leur signification dans l’identification d’un Maçon régulièrement initié. Quel que soit le Grade, le Mot de passe à fournir pour avoir un droit d’entrée dans le Temple trouve sa légitimité dans la préservation des mystères de l’Initiation et de ses secrets. Les Mots sont alors progressivement délivrés au nouvel Initié par chuchotement, à savoir dans une transmission strictement orale de bouche à oreille et plus précisément à plusieurs reprises selon la composition dudit mot. Ainsi nous découvrirons qu’ils peuvent être prononcés soit lettre à lettre, soit par syllabe. Nous disons LES Mots, parce qu’ils diffèrent d’un Grade à un autre.

La Franc-Maçonnerie les a empruntés à l’Histoire, la plupart sinon tous étant issus de faits historiques repris dans les écritures bibliques, où ils prennent leur source sous forme d’un attribut pour être appliqué à l’identification d’un Initié, faisant partie intégrante du secret des premiers Maçons dits opératifs, parmi lesquels figurait ‘‘le mot des Maçons’’. Nous reprenons ainsi une définition fournie par Paul Naudon (dans son ouvrage ‘‘les origines de la Franc-Maçonnerie’’).  « …dans les Loges écossaises, les Francs-Maçons étaient obligés de recevoir le mot des Maçons qui est un signe secret que possèdent ceux-ci pour se reconnaître dans le monde entier… Celui qui le possède peut amener auprès de lui son frère maçon sans l’appeler et sans que vous vous aperceviez du signe.  Bien que le témoignage date d’une époque où la maçonnerie était déjà largement spéculative, il est à penser qu’il s’agissait là d’une très ancienne tradition du métier. »  Parallèlement, Paul Naudon précise, que selon les statuts des Tailleurs de pierre : « La garantie du secret était assurée par la façon de saluer et peut-être par celle de se serrer la main ….  Le Maître signifiera à l’ouvrier qu’il a fait recevoir qu’il devra renfermer dans son cœur, au prix du salut de son âme, les mots (Wörter) qui lui ont été confiés et, qu’en aucune façon, il ne pourra en donner connaissance à personne, sauf à un honnête maçon, sous peine de perdre ses droits au métier. »  

L’Apprenti se rappelle son engagement à ne pas divulguer les secrets, dont LE Mot sacré, et toutes formes de salut et Signes de reconnaissance, pour les protéger des indiscrets et des imposteurs. Dans le prolongement des épreuves de son Initiation et des Voyages qu’il a parcourus, l’Apprenti reçoit seulement le Mot Sacré de son Grade qu’il ne peut qu’épeler, car il est encore un néophyte en voie de devenir Maçon. En effet, au Rite Ecossais Primitif, il n’y a pas de Mot de passe à ce premier Grade (tandis qu’il existe en d’autres Rites), dès lors que venant du monde profane, il ne peut posséder un Mot de passe que nul ne pouvait lui fournir, même secrètement. En revanche, et conformément au cérémonial maçonnique, pour être admis en Loge, le Compagnon aura à prononcer le Mot de passe qui lui sera révélé dans le cours de la cérémonie de son Passage au deuxième Grade, et naturellement le Mot sacré.

Au REP, le mot de passe du deuxième Grade est SCHIBBOLETH, mot hébreu qui signifie épi ; sans doute le plus ancien mot de passe connu (Xe siècle avant J.C.). Lors d’une guerre biblique, il fut utilisé comme mot de reconnaissance par ceux du pays de Galaad (ancienne Palestine), qui l’employaient pour confondre leur ennemi. Il fut donc choisi par Jephté, capitaine des Israélites, comme mot de gué (endroit d’une rivière que l’on peut traverser). Lorsque la tribu d’Ephraïm se révolta, Jephté s’empara des bords du Jourdain, passage que la tribu devait emprunter. Ce mot Schibboleth est issu de l’Ancien Testament au chapitre 12 du Livre des Juges dans lequel est relaté l’épisode de l’exode des Ephraïmites : « Quand les fuyards d’Ephraïm disaient ‘‘laissez-nous passer’’, les gens de Galaad demandaient ‘‘Es-tu Ephraïmite ?’’ S’ils répondaient ‘‘non’’, alors ils lui disaient ‘‘Eh bien dis Schibboleth’’.  Ils disaient ‘‘Sibbolet’’, car ils n’arrivaient pas à prononcer ainsi. Alors on les saisissait et on les égorgeait près des gués du Jourdain. Il tomba en ce temps-là quarante-deux mille hommes d’Ephraïm. »  Ce défaut de prononciation entre le ‘‘sCHI’’ et le ‘‘SI’’ les a trahis et a ainsi généré un massacre général pour incapacité d’une transmission parfaite qui a rendu l’obstacle infranchissable. Quant à ces égorgements, ils ne peuvent que rappeler le Signe pénal de l’Apprenti qui a juré préférer avoir la gorge coupée plutôt que de dévoiler les secrets qui lui ont été confiés. Ce sanglant épisode de l’humanité est la démonstration de l’importance du mot juste. Il peut s’agir aussi d’une analogie avec bien des événements tragiques vécus au travers des siècles et des générations, ce qui ne manque pas de rappeler aux Maçons leur devoir de confidentialité, selon leur engagement renouvelé lors de chaque prestation de Serment.  Cet incident de langage propre à la prononciation d’un seul mot est bien connu dans la pratique d’une langue étrangère à partir d’un accent familier et plus ou moins marqué, et qui rend alors difficile toute compréhension par l’autre au profit d’une expression totalement incomprise.

Alors qu’en certains Rites, le Mot de passe au deuxième Grade signifie ‘’passage du fleuve’’, au Rite Ecossais Primitif, Schibboleth prend un autre sens, celui d’ « EPI » adopté parmi les symboles végétaux et comestibles que la Franc-Maçonnerie a retenus, avec la grenade qui est à rapprocher de multiplication et union, l’olivier qui rappelle la paix, la charité, l’abondance et la fécondité, ou encore d’autres symboles botaniques, tels que le buis, symbole de fermeté et de persévérance, employé dans la fabrication du Maillet, l’acacia et de nombreuses fleurs. Contrairement au grenadier qui se développe de façon naturelle, le blé nécessite des soins attentifs rythmés et à respecter dans sa culture selon le cycle des saisons (semences, fauchage, battage,…).  A ce titre, la terre doit être traitée de sorte que la semence soit productive et de bonne qualité. Si la grenade ne nécessite aucune intervention dès lors que ses graines poussent à l’abri d’une coque, le blé grandit sous forme d’épi, ses graines étant à l’air libre, elles ne font l’objet d’aucune protection. Livrées à elles-mêmes et de la fécondation d’une seule graine de l’épi de blé, une multitude germera, se reproduira et les plus faibles disparaîtront, ce qui rappelle l’alternance de la naissance, de la vie et de la mort : « Si le grain de blé ne tombe en terre et ne meurt, il reste seul ; s’il meurt il porte beaucoup de fruits (saint Jean) ».  L’épi de blé est porteur d’une multitude de grains nés d’une seule et même tige, il est donc le géniteur d’une semence prochaine. Tout comme Schibboleth est extrait des textes bibliques, l’épi a des origines ancestrales, puisqu’il figurait sur de nombreuses monnaies gauloises ; il fut employé par les celtes, tantôt seul ou associé au Triskell des Bretons, ou bien encore présent sur la garde d’une épée.

A l’identique de l’épi de blé qui grandit avec le travail de l’homme, l’Apprenti, appelé à travailler sur lui-même, est comparable au grain de blé, quand s’opèrent en lui les effets, les sensations et son ressenti à la suite de la cérémonie de sa Réception, qui permettra au nouvel Initié de quitter les ténèbres pour voir de mieux en mieux.  Comme la sève d’une ramification qui, dans sa progression à l’intérieur du tronc se trouve protégée, aura à lutter jusqu’à sa floraison contre les agressions, intempéries, et tous phénomènes extérieurs, le Compagnon aura à vaincre ses passions, soumettre sa volonté à ses Devoirs et faire de nouveaux progrès dans la Maçonnerie. Il ira à la rencontre de la Lumière à la recherche des vertus pour lesquelles il a prêté serment. En d’autres termes, de la croissance produite à l’intérieur de son être et de son esprit, sorti de l’obscurité, surgira en pleine lumière une maturité neuve gagnée par un développement spirituel, qui a trouvé sa source dans la re-naissance révélée à la suite de l’isolement dans la Chambre de réflexion. 

Outre l’emblème de l’épi, Schibboleth est traduit dans la plupart des rituels, dont notre instruction dialoguée, par : « nombreux comme des épis de blé ». L’épi prend toute la mesure symbolique de la croissance spirituelle par son aspect d’abondance à l’image d’un champ de blé où les épis sont serrés les uns contre les autres, comme des Frères à l’unisson, épars comme des troupeaux qui, même s’ils différent les uns des autres par leur taille, leur forme, leur diversité, finissent dans un souffle par se rassembler en une Chaîne fraternelle pour se tourner dans une seule direction, celle de la lumière. L’épi, pris sous l’angle de l’évocation de la récolte, peut servir aussi de préfixe à bien des vocables, tels que épicentre ou foyer de naissance et pour l’Initié le milieu du chemin initiatique ; épiphénomène ou additif pris comme accessoire ; épithète qui consiste par le rajout d’un mot qui n’est autre qu’un qualificatif ; épidémie ou propagation ; épilogue ou conclusion ou encore dénouement, à l’opposé d’épirogenèse qui traduit une transgression ou régression ; épitexte ou ensemble d’écrits …., mais un à ne pas manquer ‘’épigone’’ qui est l’élève, le disciple, le successeur. Car ne l’oublions pas, les Initiés sont tous ‘‘les enfants de la veuve’’ qui s’engagent sur le chemin d’Hiram. Pour rappel, les ‘’Enfants de la Veuve’’ désignent les Francs-Maçons. Pour Plantagenet, nous sommes tous les enfants d’un même père, Hiram, et nous restons solidaires dans la défense commune de sa veuve, ‘’la Franc-Maçonnerie’’. Sans lien avec le Tronc de la Veuve, qui est destiné à recevoir les offrandes pour les œuvres de bienfaisance. Cette expression n’est pas en usage au REP qui retient l’Aumônière.

Dans la lecture des messages et des symboles à retenir, l’épi associé au pain prend toute sa dimension dans la similitude de la nourriture, du pain sacré, du pain de l’amour et du partage.   Le blé et le pain seront présents tout au long de la vie du Christ, qui ira jusqu’à s’identifier au pain « prenez et mangez, car ceci est mon corps… ».

Le cheminement dans la voie initiatique se poursuit dans une prise de conscience des significations originales attachées aux secrets révélés, pour mieux les comprendre et parvenir jusqu’à la sagesse par la voie de la lumière et du salut en opposition aux ténèbres qui ne mènent qu’à l’ignorance. Pour les Initiés travaillant en Loges de saint Jean, une parabole citée dans son évangile nous dit ceci : « En vérité, en vérité, je vous le dis. Si le grain de blé ne tombe en terre et ne meurt, il reste seul, s’il meurt, il porte beaucoup de fruits. »  Comment ne pas faire le rapprochement symbolique avec le cycle de vie de l’aliment basique des hommes depuis les temps les plus reculés : le BLE ?  Dans cet esprit, le Compagnon se remémorera la cérémonie de sa Réception au Grade d’Apprenti depuis la Chambre de réflexion où il a rencontré le centre de la Terre, poursuivant son parcours dans l’obscurité (par le bandeau qui lui couvrait les yeux) durant laquelle il prit conscience de l’eau dans laquelle il plongea les mains, source de vie, puis de l’air qui fouetta son visage pour le fortifier et enfin la chaleur qui le conduira à l'éveil de ses sens et de sa maturité.

J’ai dit,

(Travail mis en ligne en août 2023)

 

 

 

 

 

 

 

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